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Susciter des comportements sécuritaires

Révisé en août 2011

Susciter des comportements sécuritaires, c’est initier des changements dans des habitudes souvent bien enracinées et cela constitue, certes, un défi de taille. Par exemple, à la fin des années 70, le port de la ceinture de sécurité en voiture est devenu obligatoire et a entraîné toute une série de mesures afin de changer les habitudes des conducteurs. Malgré tous les efforts de sensibilisation et même de répression, des conducteurs et leurs passagers persistent encore aujourd’hui à ne pas respecter les règles en vigueur. Résultat ?  En 2008, 40% des conducteurs de moins de 25 ans décédés dans un accident ne portaient pas leur ceinture de sécurité. Pourtant, cette génération a grandi attachée dans un siège pour enfant. Qu’est-ce qui a cloché dans les stratégies choisies ? Qu’est-ce qui cloche aussi dans nos entreprises puisque la démarche utilisée par la Société d’assurance automobile du Québec (SAAQ) correspond de très près à celles utilisées dans les entreprises pour améliorer la SST ? Sans prétendre vous fournir UNE réponse miracle ou une recette magique, une réflexion sur le sujet ouvre la voie à des avenues de solutions pour les entreprises soucieuses de la santé et de la sécurité de leur personnel.

Les comportements non sécuritaires

Les comportements non sécuritaires existent, et ce, même dans les meilleures entreprises. À titre d’exemple, un conducteur de chariot élévateur sort d’une allée à toute vitesse, un mécanicien effectue une réparation sans avoir cadenassé son équipement, un autre meule une pièce de métal sans lunettes de sécurité. Il y a aussi celui qui grimpe sur le dernier barreau de son escabeau, se balance de droite à gauche, retenant son souffle et se dépêchant de finir le travail.

Mais, peut-on vraiment qualifier ces comportements de non sécuritaires ? Serait-il possible que ces comportements fassent l’objet d’un jugement un peu hâtif ?

D’où viennent-ils ? Est-il possible que l’adoption de ceux-ci découle des influences directes du milieu de travail ?

Un nouvel employé d’un magasin entrepôt s’apprête à ranger les marchandises qui viennent tout juste d’être livrées. Ne sachant pas trop comment s’y prendre, il regarde son confrère, embauché lui aussi depuis peu, et applique la même technique. Il prend plusieurs caisses à la fois, se penche sans plier les genoux, et dépose les caisses à bout de bras dans les étagères. Pour les caisses légères, une telle technique peut convenir. Par contre, si le poids des caisses est plus élevé ou si le travail se poursuit sur une longue période, ces deux employés pourraient se retrouver plus à risque de se blesser et bien plus fatigués qu’ils le devraient. Une chose est sûre, cet exemple nous met sur la piste d’une première source d’influence : l’exemple de l’entourage, bon comme mauvais.

En effet, l’exemple des pairs exerce une influence très forte sur les comportements adoptés dans l’entreprise. Pensez simplement au port des lunettes de sécurité pour exercer du travail avec une meule.

Le bon exemple Le mauvais exemple
L’employé a vu régulièrement les autres employés porter les lunettes de sécurité lors du meulage des pièces. Les lunettes, il y en a… quelque part, et le plus souvent elles sont égratignées ou même fissurées.
Son superviseur s’est assuré de lui soumettre plusieurs modèles afin qu’il dispose de lunettes confortables et appropriées au travail à exécuter. Aussi, il a mis à sa disposition le matériel requis pour les garder propres et en bonne condition. Il n’existe aucune règle de sécurité quant à l’obligation de les porter, chaque employé choisissant de les porter ou non.
Ils ont discuté des risques et des raisons qui justifient le port des lunettes et des modalités pour les remplacer lorsqu’elles sont abîmées. Le superviseur préfère laisser travailler ses employés à leur façon et se soucie peu des risques d’accidents. Pour lui, il travaille avec des adultes; ils savent ce qu’ils ont à faire. De toute façon, il a d’autres priorités bien plus importantes que la SST.
Le superviseur démontre régulièrement son appréciation du port des lunettes par un signe discret, mais très apprécié des employés.

Quels types de comportements trouve-t-on dans vos entreprises ? Êtes-vous du côté des bons, des Lucky Luke de la SST, ou du côté des méchants Dalton, pour qui aucune règle ne viendra diriger leur conduite ?

Pour le savoir, vous n’avez qu’à porter une attention particulière à la réaction de votre personnel de supervision face à une situation dangereuse. Vous aurez alors un bon indice des exemples qu’ils donnent à leur personnel. À vous maintenant d’agir en conséquence.

Parmi les autres facteurs qui influencent les comportements, notons : l’information et la formation du personnel, le désir de travailler vite en vue de plaire au patron, le confort des équipements de protection individuelle, les objectifs de l’entreprise, les manifestations de reconnaissance de l’entreprise, les attitudes du personnel à l’égard des risques et des dangers, etc. Mais quel est celui qui a le plus d’influence ?

Tout est dans la façon dont l’entreprise gère la SST et les valeurs qu’elle véhicule auprès de son personnel. La SST tient-elle lieu de valeur ou de priorité ? Pour certaines entreprises, elle fait partie des priorités mais, malheureusement, ces mêmes priorités sont modifiées au gré des événements qui surviennent. Il est alors possible de constater à quel point (malgré le fait que la SST est dite importante), cela ne se traduit pas nécessairement par des actions concrètes à moyen terme.

Avant d’essayer de susciter des comportements sécuritaires chez les employés, il s’avère d’abord nécessaire de prendre position comme organisation. Les gestionnaires doivent ensuite définir les orientations stratégiques à adopter en matière de SST, et les façons de les mettre en œuvre. Le partage des responsabilités qui en découlent devient alors un atout supplémentaire en vue d’assister à un changement de culture favorable à l’adoption de comportements sécuritaires. En effet, à travers l’analyse des accidents, il est possible de constater à quel point le partage des responsabilités est important, et ce, à tous les niveaux hiérarchiques de l’entreprise. L’objectif à atteindre est que chacun se sente responsable de sa santé et de sa sécurité, de même que de celle des autres personnes avec qui il travaille.

Voici un exemple d’accident qui démontre à quel point ce partage des responsabilités est important afin d’éviter que les travailleurs se retrouvent face à des dangers compromettant leur SST.

L’entreprise fabrique des moules destinés à l’industrie automobile. Un employé est chargé de procéder à des ajustements sur un moule d’une station de travail du carrousel. Il pénètre dans la zone d’ouverture du moule protégé par un rideau optique et provoque l’arrêt complet du carrousel. Tandis qu’il est penché sur le moule, l’appareil de levage est remis en marche par un autre travailleur qui active le bouton de réarmement. L’appareil de levage soulève la victime, le coinçant au niveau du bassin entre le moule et le carrousel. Parmi les causes de ce décès, la CSST cite : l’organisation déficiente du travail (surtout en ce qui a trait au manque de supervision), une procédure de cadenassage inappliquée, ainsi que la localisation non appropriée du bouton de réarmement. En effet, le bouton n’a pas permis au travailleur de voir la zone dangereuse lorsqu’il a remis le robot en marche.

Qui était responsable de l’organisation du travail ? Qui devait s’assurer de superviser le travail ? Qui devait voir à établir des procédures de travail et à ce qu’elles soient mises en application ? Dans les circonstances, il est possible de présumer que certaines responsabilités de l’employeur n’ont pas été assumées. En outre, un deuxième point mérite d’être souligné : cet accident laisse croire que l’employé chargé de procéder aux ajustements n’a pas été en mesure de percevoir ou d’évaluer les risques associés au travail qu’il avait à accomplir. Quelle information ou formation avait-il reçu ?

Si vous souhaitez voir des changements de comportement, il est essentiel que le personnel connaisse les risques auxquels il est exposé. C’est avec des connaissances sur les risques qu’une personne est en mesure de choisir les stratégies les plus efficaces pour assurer sa sécurité et celle de ses collègues.

Et dites-vous que, malgré vos efforts, il n’est pas impossible de se buter à un rejet du comportement sécuritaire. En effet, bien des gens savent qu’arrêter de fumer est bénéfique pour leur santé, pourtant, certains persistent à continuer. En SST, il ne faut jamais abandonner. En proposant d’autres idées et de l’information sur les questions de prévention des accidents, il est possible de changer un comportement non sécuritaire.

Bonne chance dans votre démarche !

Si vous souhaitez en savoir plus, vous pouvez vous inscrire à la session de formation Susciter des comportements sécuritaires

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