Bâtir une culture de sécurité routière, le plus important des chantiers!

9 juin 2026 par
Bâtir une culture de sécurité routière, le plus important des chantiers!
Alain Tremblay, CRHA, RCC

La Semaine nationale de sensibilisation à la sécurité des travailleurs routiers (8 au 14 juin 2026) a lieu présentement. Cette initiative du ministère des Transports et de la Mobilité durable, qui s’inscrit dans le Plan d’action en sécurité routière 2023-2028, invite à la courtoisie, à la vigilance et à la prudence vis-à-vis des ouvriers de chantiers routiers. 

Cela dit, en tant qu’automobilistes, combien de fois sommes-nous surpris de nous trouver sur un chantier, et ce, malgré l’abondance de la signalisation en amont. Les repères visuels sont pourtant nombreux : panneaux, cônes, balises, barricades. Sans oublier les signaleurs. De surcroît, nous savons tous que les chantiers routiers ne manquent pas dans les zones métropolitaines de la province. Un simple détour sur Québec 511 suffit pour nous le rappeler.



Les comportements irréfléchis encore trop répandus


Selon la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ), près de 80 % des accidents de chantier sont évitables… et sont causés par les automobilistes. Parmi les principaux comportements fautifs, nous retrouvons évidemment la vitesse excessive, la distraction, les comportements agressifs et le non-respect des indications.


Dans un récent sondage mené par l’organisme CAA, un conducteur interrogé sur deux admet rouler trop vite sur les autoroutes, et 20 % d’entre eux reconnaissent circuler régulièrement bien au-delà des limites de vitesse. Sommes-nous tous collectivement plus pressés et stressés qu’auparavant? On pourrait le croire. Au Sud de la frontière, par exemple, 49 % de nos voisins américains avouent conduire de manière plus dangereuse qu’avant la COVID-19.


Dans ce contexte, la proximité avec les travailleurs routiers est des plus préoccupantes. Car un individu devant un véhicule possédant une masse nette de 1000 kg et plus – en mouvement! – ne fait pas le poids. Les vêtements réfléchissants et fluorescents que le personnel arbore ne constituent pas une armure, mais une simple marque visuelle nous permettant de le repérer, et de respecter son espace vital.


Évidemment, il n’est jamais agréable de devoir ralentir et de prolonger un déplacement. Mais mettre en danger la vie de quelqu’un pour gagner quelques secondes, quelques minutes tout au plus, n’est pas une option viable.


Qu’il s’agisse d’un chantier mobile (en mouvement), de très courte durée (d’au plus 30 min), de courte durée (moins de 24 h) ou de longue durée (plus de 24 h), le principe de précaution demeure le même. Il doit en être ainsi tant pour les chantiers routiers en milieu urbain (rues, avenues, boulevards, etc.) que ceux situés en zone rurale (rangs, routes et autoroutes), et ce, de jour comme de nuit, peu importe la densité de circulation, en présence de travaux apparents ou pas.


La SAAQ fait état de 744 personnes blessées et de 11 décès survenus en 2024 à l’approche ou dans une zone de chantier routier. Ce qui est paradoxal, c’est que des travailleurs de chantiers routiers sont gravement blessés ou perdent leur vie en voulant protéger la nôtre.



Freiner la tendance


Pour préparer cet article, j’ai eu l’occasion d’échanger avec des spécialistes de l’AQTr (l’Association québécoise des transports), qui met en commun une vaste gamme d’expertises pour répondre aux enjeux de mobilité.


L’un d’eux se nomme Martin Sauvé. Après avoir été signaleur routier pendant plusieurs années, il est aujourd’hui formateur. Sans ambages, il précise que « derrière chaque cône orange, il y a des travailleurs, des familles, des proches… des vies ». Pour lui, la sécurité routière « est bien plus qu’un métier : c’est une responsabilité humaine ».


De la même manière, son collègue Jean-François Rollin rappelle que les comportements sécuritaires au volant sauvent bel et bien des vies : « Anticipez les ralentissements en zone de construction en gardant un œil sur la signalisation avancée. Mieux vaut se préparer tôt que freiner tard ». 


Voici là de sages conseils d’un formateur expérimenté aux automobilistes. En effet, un geste d’impatience, un regard vagabond, une manipulation de cellulaire inopportune, et tout peut basculer… en une fraction de seconde. Et les travailleurs sur les chantiers routiers sont les premiers à payer pour de telles négligences : les signaleurs, les ouvriers manuels, les conducteurs de véhicules lourds ou de véhicules-outils, etc.


Toute signalisation est disposée de manière que les conducteurs respectent le Code de la sécurité routière, afin que les travailleurs sur les chantiers aux abords puissent rentrer à la maison sains et saufs en fin de journée. 



Ne pas passer par quatre chemins!


N’oublions pas dans tout cela le devoir de diligence raisonnable de l’employeur. Ce dernier doit d’être prévoyant et efficace, en faisant preuve d’autorité lorsque nécessaire. Autrement, il s’expose à des poursuites tant au civil, en vertu de la Loi sur la santé et la sécurité du travail (LSST), qu’au criminel (Loi modifiant le Code criminel).


Par exemple, selon un jugement de la Cour du Québec concernant le décès d’un signaleur routier survenu en octobre 2025, la partie défenderesse, qui avait « compromis directement et sérieusement la santé, la sécurité ou l’intégrité physique d’un travailleur lors de l’exécution de travaux de signalisation, commettant ainsi une infraction à l’article 237 de la LSST », s’est exposé à la peine maximale prévue à la Loi, soit 72 637 $. Entre autres, la Cour a rappelé que dans ce cas, « la vulnérabilité des signaleurs routiers » ne peut laisser place « à aucun compromis ».


En terminant, permettons-nous de mesurer aussi l’importance de la sécurité pour toutes les autres catégories de travailleurs et de travailleuses qui doivent composer avec les dangers de la circulation. Bien qu’ils n’œuvrent pas sur un chantier routier, ceux-ci ne sont pas pour autant à l’abri d’un accident. On peut penser aux camionneurs, aux livreurs, aux chauffeurs de taxi et d’autobus, aux facteurs, et à tous les autres métiers et professions qui font usage de la voie publique, en voiture, à moto, à vélo ou même à pied.


La route fait encore trop de victimes parmi les travailleuses et les travailleurs. Faire preuve de vigilance et honorer au pied de la lettre la signalisation, bref, respecter la vie de toutes les personnes qui gagnent leur vie en étant exposées aux nombreux dangers de la route, doit être votre première considération. Il s’agit d’un constat sans détour.


Sur ce, je vous souhaite de faire bonne route, dans le respect complet de la signalisation, des travailleuses et des travailleurs! 



Rendez-vous sur la page YouTube du ministère des Transports et de la Mobilité durable pour découvrir les témoignages de différents acteurs engagés au quotidien dans la sécurité routière