Un rapport de l’IRSST pour comprendre et accroître la résilience face aux changements climatiques

22 avril 2026 par
Un rapport de l’IRSST pour comprendre et accroître la résilience face aux changements climatiques
Jasmin Pilon

Un communiqué de l’Organisation météorologique mondiale publié en janvier dernier relevait que 2025, et les 10 années qui l’ont précédée, avaient été les 11 années les plus chaudes jamais observées sur la planète. Or, les épisodes de chaleur extrême, de plus en plus fréquents, augmentent les risques d’accidents du travail de plus de 17 %.


Dans un rapport scientifique publié tout récemment, l’IRSST explique cependant que le stress thermique n’est que l’une des nombreuses incidences des changements climatiques auxquelles les travailleuses et les travailleurs sont confrontés. Rédigée par Sophie De Serres et Alain Marchand, de la Direction de la recherche, l’étude articule notamment, sous neuf sections distinctes, les différents risques pour la santé-sécurité, les environnements de travail les plus à risque et les mesures concrètes de prévention et d’atténuation à adopter :


(Les liens ci-dessous, qui mènent aux différentes sections, sont optimisés pour les fureteurs Chrome et Firefox.)



Défis et solutions de santé-sécurité pour les employeurs


Le portrait brossé par l’IRSST fait d’abord état de la hausse des températures provoquée par les changements climatiques, qui figure parmi les phénomènes les mieux documentés. Il est notamment établi que les conséquences du stress thermique (maladies cardiovasculaires, diminution du temps de réaction, etc.) peuvent apparaître dès que l’intervalle de température de 22-25 °C est atteint.


Les événements météorologiques extrêmes (orages violents, inondations, etc.) sont aussi examinés – nous avons tous encore en mémoire les feux de forêt de l’été dernier –, de même que les risques accrus d’infection, telle la maladie de Lyme, la pollution atmosphérique (particules fines, pollution intérieure, etc.) et l’exposition aux rayons UV solaires, qui touche plus largement les travailleurs œuvrant en extérieur. Le Centre patronal SST a d’ailleurs publié en 2024 un article sur les dangers plus fréquemment présents en période estivale.


« La lutte contre les changements climatiques est une entreprise de longue haleine à mener à l’échelle locale, mais surtout internationale, précisent les auteurs de l’étude. Pour autant, les gestionnaires et les responsables d’équipe ne sont pas désarmés dans ce contexte. » La publication recense ainsi une multitude d’initiatives et de gestes concrets à la portée des organisations, qui reposent d’abord sur l’inventaire des risques.


Rappelons qu’il est du devoir de chaque établissement québécois de 20 employés ou plus d’élaborer un programme de prévention comprenant l’identification et l’analyse des risques. Cela est particulièrement indispensable aux secteurs identifiés dans le rapport comme étant plus exposés aux risques climatiques (construction, travaux publics, agriculture, etc.). La vigilance vaut cependant pour tous les domaines d’activité.



Les risques psychosociaux parfois dans l’ombre


Souvent, les risques physiques viennent d’abord à l’esprit lorsqu’il est question des changements climatiques. C’est pourquoi l’étude précise que ceux-ci « ne se contentent pas d’affecter le corps; ils s’additionnent pour dégrader la santé psychologique ». On pense entre autres à l’agressivité, aux difficultés de concentration et au stress post-traumatique.


Le rapport intègre d’ailleurs deux néologismes de nature psychologique traduisant l’état d’esprit de certains travailleurs soumis aux conséquences des changements climatiques : l’écoanxiété (inquiétudes) et la solastalgie (mal-être plus profond), qui tous deux figurent au lexique Dans l’air du temps de l’Office québécois de la langue française.


Sans être pleinement acceptées, les discussions en entreprise sur la santé mentale sont aujourd’hui de plus en plus normalisées : près de 75 % des employés (à plein temps) considèrent qu’il s’agit là d’une pratique appropriée en milieu de travail. Heureusement.



Je rêve (de moins en moins) à Rio


Tous ne mesurent pas encore les dangers croissants associés aux changements climatiques. Selon le programme Climate Change Communication de l’Université Yale, les citoyens de régions ou pays qui historiquement ont été plutôt épargnés de ses conséquences affichent moins de craintes à cet égard, bien que la menace soit réelle.


Et c’est peut-être le cas d’une part des gestionnaires, des dirigeants et des salariés québécois, qui doivent cependant prendre acte dès maintenant afin de protéger notre capital humain.


En 1974, le chanteur Robert Charleblois lançait un album éponyme sur lequel se trouvait le titre accrocheur Je rêve à Rio. Sur des rythmes rappelant la chaleur des pays tropicaux, il dépeignait le quotidien d’un homme vivant au « royaume du calcium », qui cherche à « se pousser du frette »… mentalement, faute de mieux.


Aujourd’hui, les songes du protagoniste seraient peut-être tout autres, puisque les périodes caniculaires sont plus longues et plus fréquentes. De 2010 à 2022, par exemple, la province a été épargnée des vagues de chaleur extrême à deux reprises seulement. Québec Science ajoute qu’elles sont appelées à être « plus fréquentes, longues et intenses ». Dans la même veine, les risques de précipitations intenses sont de nos jours accentués. Idem pour les inondations.


Et à Rio? En mars (fin de la saison chaude) 2024, on enregistrait des températures ressenties de plus de 60 °C. Cela fait automatiquement moins rêver.


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