Anticiper, prévenir et intervenir en situation de troubles de stress post-traumatique au travail

19 juin 2026 par
Anticiper, prévenir et intervenir en situation de troubles de stress post-traumatique au travail
Emilie Gaignard

À l’occasion de la Journée de sensibilisation au trouble de stress post-traumatique (TSPT), qui chaque année a lieu le 27 juin, nous devons nous rappeler que la santé psychologique de nos équipes constitue l’un des piliers de la performance et de la durabilité dans les organisations. Protéger l’intégrité psychique des salariés est non seulement une obligation légale, mais une responsabilité humaine et organisationnelle partagée.


Mais, à propos, comment pouvons-nous caractériser les événements potentiellement traumatiques (ÉPT) et le TSPT?


Selon le Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (DSM-5), la publication de référence consacrée, un ÉPT survient lorsqu'une personne est confrontée à la mort (de manière effective ou par une menace), à une blessure grave ou à de la violence sexuelle. Il est possible d’être exposé de manière directe (en tant que victime), à titre de témoin ou par effet cumulé en devant régulièrement composer avec les caractéristiques aversives de tels événements.


Le TSPT, pour sa part, est une réponse psychologique sévère qui peut se manifester par :


  • Des reviviscences (souvenirs envahissants ou cauchemars).
  • De l’évitement (efforts pour fuir les rappels de l'événement).
  • De l’hypervigilance (état de vigilance accrue, sursauts démesurés et troubles du sommeil).
  • Des conséquences graves sur la santé psychologique (le risque d’acte suicidaire est 13 fois plus élevé chez les personnes vivant avec un TSPT).


La CNESST rapporte que le nombre de lésions associées à l’exposition à un événement traumatisant a connu une hausse de 38 % de 2020 à 2024, et que le TSPT représentait, en 2024, 37,4 % des lésions attribuables au stress. Par ailleurs, au Québec, près d'une personne sur quatre vit actuellement un état d'épuisement professionnel, ce qui fragilise la résilience face aux chocs.



Votre organisation n’échappe pas aux risques


Certains groupes professionnels, tels les intervenants d’urgence, sont régulièrement exposés à un niveau de risque élevé. Pour autant, limiter la réflexion sur les ÉPT à des secteurs d’activité précis crée un faux sentiment de sécurité dans certains autres milieux de travail puisque tous les environnements professionnels comportent de multiples facteurs de risques.


Entre autres, lorsque la culture organisationnelle valorise davantage la performance que la sécurité, cela peut inciter, de manière implicite ou explicite, à négliger les procédures appropriées ou à prendre des raccourcis dangereux. La perception d’injustice organisationnelle ou de manque de soutien de la hiérarchie peut également miner le climat de sécurité psychologique, freiner le signalement des dangers et inciter les travailleurs à taire leurs préoccupations. Ces dynamiques réduisent conséquemment la performance des mécanismes de prévention.


Les risques psychosociaux agissent sur les trois niveaux de prévention des ÉPT : 1) ils augmentent le risque d’exposition; 2) accroissent la vulnérabilité des individus; et 3) affaiblissent le soutien au rétablissement offert par l’organisation après une exposition.



Des facteurs lourds de conséquences


Les facteurs de risques psychosociaux, par leurs interactions dans un contexte donné, influencent le niveau de risque déjà présent en augmentant :


  • La probabilité d’accident (le stress, la précipitation et la fatigue augmentent le risque d’erreur humaine et diminuent la capacité d’attention et la vitesse de réaction).
  • La gravité des événements (le manque de soutien, d’autonomie ou de préparation peut compromettre l’efficacité des mesures d’urgence déployées).
  • La sévérité des conséquences sur la santé psychologique des travailleurs exposés.


Ce dernier aspect est déterminant. Un travailleur en situation de stress chronique ou d’épuisement est plus susceptible de développer un TSPT après un événement traumatique.


Mais au-delà de cette vulnérabilité individuelle, sachez que lorsque les risques psychosociaux sont élevés, le milieu de travail lui-même perd une partie de sa capacité à protéger. En effet, certains facteurs organisationnels jouent un rôle central dans la récupération après une situation difficile. La reconnaissance, l’autonomie et le soutien social contribuent à renforcer un sentiment de maîtrise de la situation, d’estime de soi et d’espoir, tous essentiels pour traverser et surmonter une expérience marquante.


Le rôle clé des gestionnaires dans la prévention des RPS

Gestionnaires, connaissez-vous bien votre rôle dans la prévention des risques psychosociaux?

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Revenir aux fondamentaux de la SST


La prévention en santé et en sécurité du travail repose sur un principe clair : l’élimination des dangers à la source. Appliqué aux TSPT, cela signifie que la prévention efficace vise à :


  • Réduire au minimum les risques d’accidents graves.
  • Prévenir et réagir efficacement aux situations de violence et de harcèlement.
  • Agir sur les facteurs organisationnels (charge de travail, soutien social, justice, autonomie, reconnaissance) pour réduire les facteurs de risque et favoriser les facteurs de protection.



Quand le risque demeure, la préparation devient déterminante


Malgré les efforts, certaines situations déplorables peuvent survenir. La préparation doit donc compléter les efforts de prévention. La question n’est alors plus seulement « comment éviter? », mais aussi « sommes-nous prêts à faire face? ».


De la sorte, la préparation ne peut se limiter à des procédures écrites. Elle doit concrètement permettre aux personnes engagées dans la réponse aux événements critiques (secouristes, superviseurs, travailleurs menant des activités à risque, etc.) de :


  • Connaître les situations à risque propres à leur milieu.
  • Maîtriser les interventions d’urgence et les équipements.
  • Se familiariser avec des scénarios réalistes.
  • Pouvoir effectuer régulièrement des répétitions (simulations, exercices).


Lors d’un événement critique, le facteur le plus marquant n’est pas toujours l’événement lui-même, mais le sentiment d’impuissance qui l’accompagne. Ne pas savoir quoi faire ou ne pas être en mesure d’agir efficacement augmente significativement la détresse vécue. À l’inverse, un sentiment de compétence agit comme facteur de protection pour le TPST.


La préparation organisationnelle doit également intégrer ce qui se passe après l’événement, soit le soutien aux personnes exposées. Pour y arriver, il est impératif de :


  • Mettre en place les principes de premiers secours psychologiques (sécurité, calme, efficacité, connexion, espoir).
  • Connaître les ressources spécialisées disponibles et structurer les mécanismes de référence.
  • Donner les outils nécessaires aux gestionnaires afin qu’ils soient aptes à réagir adéquatement et à offrir le soutien nécessaire.


À vrai dire, la prévention ne s’arrête pas à la gestion de crise. Elle inclut aussi le suivi et l’accompagnement une fois la poussière retombée. Les gestionnaires, ou d’autres intervenants du milieu, doivent maintenir durablement une vigilance pour reconnaître les signes émergeants de détresse ou de TSPT et agir de manière appropriée en orientant vers les bonnes ressources.



Et maintenant?...


À l’occasion de cette journée de sensibilisation, une réflexion s’impose : votre organisation est-elle en mesure de réagir adéquatement lorsque des travailleurs sont exposés à un événement traumatique?


Plus important encore : travaille-t-elle activement, en amont, sur ce qui génère les événements de cette nature, et la capacité du personnel à y faire face?



Prévenir le développement de TSPT en milieu de travail, c’est agir sur :


  • Les conditions qui rendent les ÉPT possibles.
  • La préparation des personnes susceptibles d’y être confrontées.
  • Le soutien offert après coup.






Note sur la reconnaissance des lésions professionnelles


Au Québec, le TSPT bénéficie d’un statut particulier : il s’agit de la seule lésion psychologique visée par une présomption légale de maladie professionnelle (LATMP, art. 29), sous certaines conditions.


La jurisprudence récente confirme également une interprétation élargie de la notion d’exposition, incluant des formes indirectes, mais répétées et immersives, telles que celles pouvant être vécues par les répartiteurs téléphoniques du service d’urgence 911.