À l’occasion de la Journée canadienne de prévention des blessures, le 6 juillet, le Centre patronal SST invite les organisations à élargir leur réflexion en matière de santé et de sécurité. Trop souvent, les efforts de prévention se concentrent exclusivement sur le milieu de travail, alors qu’une proportion importante des blessures ayant des répercussions sur la présence des employés survient à l’extérieur de celui-ci. Cette réalité représente un angle mort pour de nombreux employeurs malgré que les conséquences sur leurs opérations soient bien réelles.
Quand la vie personnelle devient un enjeu organisationnel
Au Québec comme ailleurs au Canada, un nombre important de blessures ayant une incidence sur la présence au travail ne sont pas liées à l’emploi, mais surviennent plutôt lors d’activités de la vie quotidienne. Cependant, peu de données existent quant aux nombres de blessures subies dans la vie personnelle, mais qui occasionnent une absence au travail. Les décès liés aux accidents, qu’ils relèvent du travail ou non, sont, quant à eux, documentés.
Lorsque l’on compare les données nationales, le constat est particulièrement éloquent. Selon l’Association des commissions des accidents du travail du Canada (ACATC), 665 décès ont été attribués à des accidents du travail en 2018, alors qu’au cours de la même année, l’organisme Parachute recensait 11 062 décès liés à des blessures non intentionnelles, telles que les chutes, les empoisonnements et les brûlures. Cet écart significatif met en lumière le fait que les risques les plus importants se situent souvent à l’extérieur du cadre professionnel.
L’été : une combinaison de risques souvent sous-évaluée
Durant la période estivale, les risques de blessures et de décès tendent à s’intensifier en raison notamment de l’augmentation des activités de loisirs, des travaux domestiques et des déplacements, exposant davantage les travailleurs à des situations propices aux accidents.
D’une part, nombreux sont ceux qui entreprennent des projets de rénovation ou d’aménagement sans formation adéquate ni équipement de protection. L’utilisation d’outils électriques ou à gaz, d’échelles ou de machinerie légère augmente le risque d’accidents graves.
D’autre part, l’environnement domestique se transforme en véritable « laboratoire chimique ». Produits pour piscine (chlore), engrais, pesticides, nettoyants puissants, solvants, carburants et produits automobiles sont souvent utilisés ou entreposés au même endroit. Leur manipulation inappropriée, le mélange de substances, une ventilation insuffisante ou un entreposage inadéquat peut entraîner des intoxications, des brûlures chimiques ou des réactions dangereuses.
Ces incidents, bien qu’ils surviennent à l’extérieur du travail, ont souvent des répercussions directes sur la capacité des employés à reprendre leurs fonctions. Pour les employeurs, ces événements potentiellement générateurs d’invalidités peuvent forcer certaines unités à travailler en sous-effectif. Cela ajoute forcément une pression sur les équipes, désorganise les opérations et engendre des coûts indirects liés à l’absentéisme. Ignorer ces facteurs externes, c’est accepter une part importante de risque organisationnel sans agir.
Une occasion stratégique pour les employeurs
Intervenir sur les comportements qui surviennent à l’extérieur du travail peut sembler délicat. Pourtant, les organisations qui adoptent une approche préventive globale en retirent des bénéfices mesurables. Il ne s’agit pas de s’immiscer dans la vie privée de ses employés, mais plutôt de les sensibiliser et de les outiller afin qu’ils adoptent des comportements sécuritaires en tout temps.
Concrètement, les employeurs peuvent :
- Élaborer des campagnes saisonnières ciblées (ex. : sécurité lors des rénovations, manipulation des produits chimiques).
- Effectuer des rappels simples et concrets (port de lunettes de protection, de gants ou de chaussures adaptées, lecture des étiquettes informatives, ventilation des espaces, entreposage sécuritaire).
- Valoriser une culture de sécurité globale où les bons réflexes dépassent le cadre professionnel.
Ce type d’initiative est peu coûteux, mais peut contribuer significativement à réduire les absences évitables.
Repenser la prévention comme un continuum
Les organisations les plus performantes en santé-sécurité le reconnaissent : la prévention ne s’arrête pas aux portes de l’entreprise. Elle repose sur des habitudes, des réflexes et une culture qui accompagnent l’individu dans toutes les sphères de sa vie. En sensibilisant les travailleurs aux risques auxquels ils s’exposent à l’extérieur du travail, les employeurs renforcent non seulement la sécurité individuelle, mais aussi la résilience organisationnelle.
En cette Journée canadienne de prévention des blessures, une réflexion doit être engagée : et si la prochaine absence évitable ne survenait pas au travail, mais à la maison? Car mener des initiatives visant à réduire les risques hors travail, ce n’est pas aller au-delà de son rôle, c’est faire preuve de vision.