Chaque été, les épisodes de chaleur intense se multiplient au Québec. Les conditions auxquelles s’exposent alors les travailleurs comportent des risques bien réels pour leur santé, qu’il s’agisse de travaux extérieurs sous le soleil ou d’activités en milieu industriel à haute température, notamment. La chaleur peut entraîner une fatigue importante, des malaises et, dans les cas les plus graves, un coup de chaleur. Elle peut également augmenter le risque d’accidents en diminuant la vigilance et les capacités physiques.
Dans ce contexte, la prévention devient essentielle afin d’assurer des conditions de travail sécuritaires et adaptées.
Portrait de la situation au Québec
Au Québec, les données de la CNESST rappellent que le risque est bien présent. Depuis 2015, au moins 3 décès et plus de 350 lésions professionnelles liés au travail à la chaleur ont été recensés. Ces événements surviennent principalement dans des secteurs telles la construction, l’agriculture, la foresterie, et certaines industries.
La chaleur peut rapidement dégrader l’état d’un travailleur, surtout lorsqu’elle est combinée à un effort physique soutenu, à un manque d’hydratation ou à une absence d’acclimatation. Comme l’explique Capucine Ouellet, hygiéniste du travail certifiée et professionnelle de recherche à l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST), « l’exposition à la chaleur est quelque chose de très sous-estimé. En effet, c’est un phénomène graduel, mais qui peut évoluer assez rapidement. Avant le coup de chaleur, on observe souvent des signes précurseurs comme les boutons de chaleur, les crampes ou les vertiges ».
Les obligations de l’employeur
L’exposition à la chaleur constitue un risque professionnel reconnu. Pour Mme Ouellet, la gestion du risque lié à la chaleur doit avant tout être planifiée. « Il devrait y avoir un plan de prévention de la chaleur élaboré dès les mois de mars ou d’avril, précise-t-elle. Il faut réfléchir aux besoins en eau, en ventilateurs, en zones d’ombre ou en abris, mais aussi à la formation des travailleurs en début de saison. »
À ce titre, l’employeur a l’obligation de mettre en place des mesures préventives pour protéger la santé et la sécurité de ses travailleurs.
Cela implique notamment de :
- Planifier le travail selon les conditions climatiques.
- Mettre à disposition de l’eau fraîche en quantité suffisante.
- Prévoir des pauses régulières dans un endroit frais ou à l’ombre.
- Moduler le rythme de travail et les tâches.
- Former les travailleurs à reconnaître les signes de problèmes liés à la chaleur.
Pour soutenir cette démarche, l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST) met à la disposition des employeurs (et du grand public) des outils pratiques permettant d’évaluer le risque et de déterminer les mesures à appliquer. Ils aident à ajuster, entre autres, les périodes de travail et de repos, le rythme de travail ainsi que les besoins en hydratation selon les conditions réelles.
Car la sensation de chaleur ne se limite pas à la température indiquée au thermomètre. Elle est influencée par plusieurs facteurs :
- La température de l’air
- L’humidité relative
- La circulation de l’air
- Le niveau d’effort physique
- Les vêtements ou la protection portés par le travailleur
- Le rayonnement (soleil ou surfaces chaudes)
De plus, certains facteurs individuels peuvent eux aussi augmenter le risque :
- Les conditions médicales (ex. : maladies cardiaques)
- La prise de certains médicaments
- Une mauvaise condition physique
- Le manque d’acclimatation
Comment le corps réagit à la chaleur
Le corps humain possède des mécanismes naturels pour maintenir une température interne d’environ 37 °C. Il y parvient entre autres grâce à une circulation sanguine accrue vers la peau, à l’augmentation de la fréquence cardiaque ainsi qu’à la transpiration. Cependant, lorsque ces mécanismes ne suffisent plus, la température corporelle peut augmenter dangereusement.
Reconnaître un coup de chaleur
Le coup de chaleur est une urgence médicale. Il survient lorsque le corps n’arrive plus à se refroidir. Parmi les signes à surveiller, on note :
- Une peau chaude et rouge
- De la confusion ou un comportement inhabituel
- Des étourdissements ou une perte de conscience
- Des maux de tête importants
- Des nausées ou des vomissements
- Une respiration rapide et un rythme cardiaque accéléré
Une intervention rapide est essentielle pour éviter des conséquences graves
Boire de l’eau, vraiment?
Eh oui, l’hydratation est la mesure clé! Toutefois, elle doit être bien comprise et surtout rigoureusement appliquée. Les experts recommandent de boire régulièrement, et ce, avant même d’avoir soif. Un verre d’eau toutes les 15 à 20 minutes en situation de chaleur, par exemple.
Cependant, boire uniquement de l’eau n’est pas toujours suffisant dans des conditions de travail exigeantes. Lorsque la transpiration est importante, le corps perd aussi, en quantité importante, des sels minéraux essentiels comme le sodium et le potassium, nécessaires au bon fonctionnement des muscles et de l’organisme. De plus, le déploiement des mécanismes de régulation entraîne une grande dépense énergique.
Ainsi, l’eau est généralement suffisante pour des tâches légères ou de courte durée. En revanche, pour un travail intense ou prolongé (plus d’une à deux heures), il peut être nécessaire d’ajouter des boissons contenant des électrolytes et du sucre pour compenser les pertes liées à la transpiration et l’énergie dépensée.
De plus, les professionnels de la santé sont unanimes quant à l’importance de commencer la journée bien hydraté, de manger régulièrement pour remplacer les sels minéraux perdus et d’éviter la consommation d’alcool, de caféine et de boissons très sucrées ou énergisantes.
Conclusion
La chaleur extrême au travail est un enjeu de santé et de sécurité bien réel, particulièrement en période estivale. Heureusement, les accidents et les maladies liées à la chaleur peuvent être évités grâce à des mesures simples, mais rigoureuses.
Informer, planifier et surveiller demeurent les clés d’une prévention efficace. En utilisant les outils disponibles, notamment ceux de l’IRSST, et en favorisant de bonnes pratiques comme l’hydratation et les pauses, il est possible de réduire significativement les risques et de protéger les travailleurs, même lors des journées les plus chaudes.
Sources consultées
Travail à la chaleur (INRS, France)
Exercice, hydratation et canicule (Institut de cardiologie de Montréal)
Qu’est-ce qu’est-ce qu’un coup de chaleur? (IRSST)